Tante Coralie contre Mafoutou

Origine de la collecte : Guyane
Illustration : Frédérique Warin

Mafoutou, le petit diable, ne cesse de voler la nourriture de Pascaline. La trouvant amaigrie, sa mère Coralie, découvre ce qui arrive à sa fille et décide de lui venir en aide pour punir le diablotin.

Écouter le conte en français dit par Valérie Whittington

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Le texte du conte

Monsieur Jean et Madame Coralie Couacou cultivent un champ de riz et c’est Pascaline, leur fille, qui est chargée de le surveiller. Tous les matins, Pascaline prend sa gamelle et se rend au champ. Un jour, un diablotin du nom de Mafoutou surgit devant elle.

« Donne-moi ta gamelle, lui dit le petit diable.
- Non, répond Pascaline.
- Prends garde à toi. Si tu ne me donnes pas ta gamelle je vais t’envoyer mes éclairs. »

Pascaline serre sa gamelle contre sa poitrine, le petit diable se retourne et de son « folifofo », de son postérieur, on voit sortir les éclairs. Pascaline les évite mais finit malgré tout par remettre sa gamelle à Mafoutou, qui n’en fait qu’une bouchée.

« Je t’interdis d’en parler à quiconque, sinon je te tue », lui dit Mafoutou avant de se sauver.

Pascaline subit les assauts du petit diable durant plusieurs jours. Un matin, la trouvant amaigrie, sa mère l’interroge.

« Ma fille, que t’arrive-t-il ? Tous les jours je te mets un bon repas dans ta gamelle et tous les jours je te vois dépérir un peu plus. »

En larmes, Pascaline finit par avouer à sa mère la terreur que lui fait subir Mafoutou. Coralie en parle aussitôt à son mari, lui demande d’aller régler son compte à ce petit diable. Mais Monsieur Jean Couacou, que sa femme a réveillé en sursaut, ne l’entend pas de cette oreille.

« Je n’irai affronter aucun diable, qu’il soit petit, grand, gros ou maigre ! Vas-y toi-même si cela te chante, je te prête mon arc et ma flèche. Mais n’oublie surtout pas de me ramener ma flèche, sinon, tu auras affaire à moi », crie-t-il avant de se rendormir.

Le lendemain matin Coralie et sa fille se rendent au champ. Coralie reste bien cachée. A midi Mafoutou apparait et réclame la gamelle. Pascaline refuse, Mafoutou se retourne et s’apprête à lui envoyer ses éclairs, quand soudain il reçoit la flèche de Coralie en plein dans son « folifofo ». Mafoutou détale en hurlant. Coralie ne doit surtout pas le laisser s’échapper. Elle remet un talisman à sa fille, et lui dit :

« Attends-moi ici. Avec ce talisman tu n’auras ni faim ni soif. »

Et la voilà qui se met à courir. Au bout d’un moment, elle entend ce petit chant :

« Aïe Tante Coralie koté to k’alé, Tante Coralie où cours-tu ainsi ? Regarde, tu as failli m’arracher la peau du dos.
- Pardonne-moi Prince crapaud mais je cherche Mafoutou, le petit diablotin, l’aurais-tu vu ?
- Oui, je l’ai vu, il a pris ce chemin. Je peux venir avec toi si tu veux. »

Prince crapaud saute sur la tête de Tante Coralie qui se remet à courir. Peu de temps après, elle entend à nouveau ce petit chant :

« Aïe, Tante Coralie koté to k’alé, Tante Coralie où cours-tu ainsi ? Regarde, tu as failli me rompre la queue.
- Pardonne-moi Didi lézard lagratiche, mais je cherche Mafoutou, le petit diablotin, l’aurais-tu vu ?
- Oui, il s’est dirigé de ce côté. Je peux t’accompagner si tu veux. »

Didi, lézard lagratiche saute sur le dos de Tante Coralie qui recommence à courir. Au bout d’un moment, elle entend ce petit chant :

« Aïe Tante Coralie koté to k’alé, Tante Coralie où cours-tu ainsi ? Regarde, tu as failli écraser mes œufs.
- Pardonne-moi Tizozo Arada mais je cherche Mafoutou, le petit diablotin, l’aurais-tu vu ?
- Oui, je l’ai vu, il est parti par là-bas. Laisse-moi te montrer. »

Tizozo Arada saute sur l’épaule de Tante Coralie qui se remet à courir.

Finalement ils arrivent devant l’entrée d’une grotte, le petit diable est allongé par terre. Autour de lui des milliers de serpents pleurent sa mort.

Une fois que Tante Coralie est à l’abri, Tizozo Arada rentre dans la grotte et chante à tue-tête. Les serpents se dispersent aussitôt. Posté à l’entrée de la grotte, Didi lézard lagratiche les assomme d’un grand coup de queue sur la tête. Pour finir Prince crapaud leur verse quelques gouttes de son lait empoisonné dans les yeux. Complètement déboussolés et aveuglés, les serpents s’enfuient dans la forêt. Tante Coralie peut alors récupérer la flèche de son mari.

Kric - Krac

Sur le chemin du retour, Tante Coralie raccompagne chacun de ses amis, puis retrouve sa fille Pascaline, au champ. Il se fait tard, de retour à la maison, son mari les accueille avec fracas.

Coralie n’a pas le temps d’ouvrir la bouche, que son mari Jean Couacou lui arrache la flèche des mains. Il se blesse avec la pointe, celle-ci couverte du sang empoisonné de Mafoutou, le foudroie sur le champ.

Patacrac san zo !

Par les moustaches de Compère tortue c’est ainsi que s’achève cette histoire.

Le pays présenté ci-dessous correspond au pays où le conte a été enregistré et ne prétend pas donner d'origine unique au conte.

Les contes n'existent pas dans ce seul et unique pays. D'une version à une autre, d'un conteur à un autre, les contes circulent entre les pays et ne s'arrêtent heureusement pas aux frontières !

La Guyane

Population : Les Guyanais et les Guyanaises. Plus de 260 000 habitants (source Insee).

La Guyane est un département français multiculturel avec une population très diversifiée. On y compte plus de 25 groupes ethniques ayant chacun leur langue et leur culture propres : les Amérindiens, la population d’origine africaine, les Européens, les immigrants asiatiques et quelques autres ethnies (Libanais, Brésiliens, Haïtiens, Surinamiens).

On distingue les Créoles, qui constituent le groupe culturel guyanais le plus important (40%). La plupart d’entre eux habitent généralement sur le littoral (villes de Cayenne, Kourou, Saint-Laurent-du-Maroni et Mana).

La population bushinengé, ou Noirs Marrons : il s’agit principalement des Bonis, des Djukas, des Paramakas et des Alukus. Les Noirs Marrons sont les descendants d’anciens esclaves surinamiens en rébellion, qui avaient décidé de retourner vivre, comme leurs ancêtres, dans la forêt. C’est en raison de leur mode de vie en forêt qu’on les appelle les «bush negroes» ou « Busi nengee » pour les identifier. Les Bushinengés vivent surtout sur les rives du fleuve Maroni (ou l’un de ses affluents) qui délimite la frontière entre le Surinam et la Guyane française.

Les Amérindiens, répartis en six ethnies (les Arawaks, les Palikurs, les Galibis, les Wayanas ou Roucouyennes, les Oyampis ou Wayampis, et les Emerillons) vivent majoritairement au sud du pays.

La population chinoise est arrivée en Guyane au XIXe puis au XXe siècle.

Les Hmongs, fuyant la répression à la fin de la guerre d’Indochine, arrivent quant à eux à partir de 1977. Ils représentent environ 2 000 personnes regroupées sur les communes de Cacao et Javouhey.

Enfin, les Français originaires de l’Hexagone représentent environ 12% de la population.

Langues : Le français est la langue officielle de la Guyane française et représente la langue maternelle de 10% de la population venant de métropole, ainsi que de certaines parties bilingues de la population (en particulier à Cayenne). Il existe néanmoins de nombreuses langues très différentes les unes des autres, parlées par les diverses populations guyanaises :
- les langues amérindiennes (arawak ou lokono, emérillon ou teko, kali’na, palikur, wayana et wayampi) parlées par moins de 5% de la population ;
- les langues créoles à base lexicale française (créole guyanais, créole haïtien, créole martiniquais, créole guadeloupéen, créole de Sainte-Lucie), qui représentent la langue maternelle d’environ un tiers de la population ;
- les langues créoles à base lexicale anglaise (aluku, ndyuka, pamaka et sranan tongo), parlées par plus d’un tiers de la population (mis à part le sranan tongo, langue maternelle d’une très faible partie de la population guyanaise) ;
- la langue créole à base anglaise (saamaka), parlée par environ 10 000 personnes ;
- les langues européennes (français - 10% de la population, portugais du Brésil - entre 5 et 10% de la population, anglais du Guyana - 2%, néerlandais, espagnol) ;
- les langues asiatiques (hmong et chinois) représentant un peu plus d’1% de la population.
Source : Archives Audiovisuelles de la Recherche, 2007.

Situation géographique : La Guyane française est un département français d’outre-mer situé au nord-est de l'Amérique du Sud, entre le Surinam et le Brésil. Sa population se concentre essentiellement le long du littoral et aux bords des grands fleuves et de leurs estuaires. Tout l’arrière-pays est couvert de vastes forêts tropicales humides.

Superficie : D'une superficie de 86 504 km², soit à peu près la même que le Portugal, la Guyane française est le plus grand département français d'outre-mer (équivalent à 16 % du territoire de l’Hexagone).

Climat : Le climat est équatorial. La température reste constante toute l'année : en moyenne 26 °C. Le rythme des saisons n’est marqué, dans cette région équatoriale, que par les pluies. Il existe quatre saisons : en janvier et février, c'est la petite saison des pluies, qui allie soleil et averses tropicales. De mars à mi-avril, c'est la petite saison sèche, encore bien ensoleillée. De mi-avril à fin juin, c'est la grande saison des pluies. La saison sèche s'étend de juillet-août à novembre.

Ville chef-lieu : Cayenne.

Hymne national : La Marseillaise.

Devise nationale : Liberté, Egalité, Fraternité.

Monnaie : L’euro.

Pour en savoir plus : Article « Guyane » du Larousse :http://www.larousse.fr/encyclopedie/departement/Guyane_973/122825

Nous avons choisi d'enregistrer le conte dans une ou deux langues parlées dans le pays de collecte.

Les langues citées ci-dessous ne sont pas représentatives de l'ensemble des langues parlées dans ce pays. Il s'agit des langues dans lesquelles le conte a été enregistré. Si vous souhaitez découvrir les autres langues parlées dans le pays de collecte du conte, consultez l'onglet "Le pays".

Les langues de Guyane

En Guyane, il existe de nombreuses langues très différentes les unes des autres, parlées par les différentes populations guyanaises.

Le français : Langue officielle de la Guyane française, le français représente la langue maternelle des 10% de la population venant de métropole ainsi que de certaines parties bilingues de la population (en particulier à Cayenne).

Les langues amérindiennes : arawak ou lokono, emérillon ou teko, kali’na, palikur, wayana et wayampi, les langues amérindiennes sont des langues autochtones appartenant à trois familles linguistiques (caribe, tupi-guarani et arawak), elles sont parlées par moins de 5% de la population guyanaise.

Le kali’na, anciennement appelé "galibi", est une langue caribe. Elle comprend deux principaux ensembles dialectaux : le dialecte oriental (celui de Guyane et de l’est du Surinam) et le dialecte occidental (allant du Vénézuela à l’ouest du Surinam). Le kali’na oriental, variante parlée en Guyane française de la langue kali’na, comprend 6 voyelles et 12 consonnes. En Guyane, le kali’na est surtout parlé dans la commune d’Awala-Yalimapo et partiellement dans d’autres communes de l’ouest : Mana, Saint Laurent, Iracoubo, ainsi que dans l’agglomération cayennaise et à Kourou. Le kali’na est la seule de toutes les langues amérindiennes à être partagée entre des pays parlant cinq langues officielles : espagnol au Venezuela, anglais au Guyana, néerlandais au Surinam, français en Guyane et portugais au Brésil (sur la rive droite de l’Oyapock).
Source : http://corpusdelaparole.huma-num.fr/spip.php?article50

Le teko désigne la langue des Tekos et veut dire « nous ». Il est également appelé émérillon. C’est une langue tupi-guarani parlée dans l’ouest de la Guyane, sur le Haut-Maroni et le Tampok, et dans l’est du département, sur le cours moyen de l’Oyapock. Cette langue est purement orale, et c’est la seule langue amérindienne parlée exclusivement en Guyane française.

Les langues créoles à base lexicale française (créole guyanais, créole haïtien, créole martiniquais, créole guadeloupéen, créole de Sainte-Lucie) : le créole guyanais résulte de l’esclavage et de la colonisation française en Guyane. C’est la langue maternelle d’environ un tiers de la population ; le créole haïtien est parlé par une population d’origine haïtienne représentant, selon les sources, entre 10 et 20% de la population guyanaise ; les créoles martiniquais et guadeloupéen sont parlés par des Français venant des Antilles, représentant 5% de la population ; enfin, le créole de Sainte-Lucie est issu de l’immigration en provenance de Sainte-Lucie, et parlé par moins de 1% de la population.
Le créole guyanais, qui a le statut de langue régionale, a longtemps été la langue véhicualire en Guyane, et reste la langue des Créoles. Il diffère sensiblement des créoles des Antilles par son lexique et certaines constructions grammaticales. Une importante immigration originaire de Sainte-Lucie, venue en Guyane lors de la ruée vers l’or dès 1850, a contribué à en modifier sensiblement les structures dans certaines zones (à Saint-Laurent, par exemple).
Source : Langues et Cité - Les langues en Guyane - Mai 2004.

Les langues créoles à base lexicale anglaise (aluku, ndyuka, paramaka et sranan tongo) : elles sont parlées par plus d’un tiers de la population, majoritairement les Noirs Marrons (mis à part le sranan tongo, langue maternelle d’une très faible partie de la population guyanaise, notamment dans l’Ouest). Les Aluku, les Ndjuka et les Paramaka se sont au cours de la période du marronnage constitués en groupes séparés, mais leurs trois parlers sont extrêmement proches entre eux et peuvent raisonnablement être considérés comme des variétés dialectales d’une même langue. Le terme généralement employé par les locuteurs pour renvoyer à l’ensemble des trois variantes est celui de "nenge" (en aluku et paramaka) ou "nengee" (en ndjuka). Il désigne explicitement ces trois variantes, à l’exclusion du sranan tongo et du saramaka.
Source: http://corpusdelaparole.huma-num.fr/spip.php?article56

La langue ndyuka (ndyuka tongo) fait partie des langues businengee, qui font elles-mêmes partie des créoles anglais du Surinam ou créole des plantations. Au Surinam, ces langues sont désignées sous le terme "sranan tongo" et présentent des différences avec le nengee tongo (par exemple, le nengee n’a pas de "r" à l’inverse du sranan). À Saint-Laurent du Maroni, le taki-taki est le nom donné à la langue nengee, bien que ce mot ait une connotation péjorative car il signifie “parler pour parler”, “tumulte”. Une des particularités de ce groupe de langues réside dans l’ajout de voyelles en fin de syllabe ou de mot si la dernière lettre est une consonne.
Source: Académie de Guyane.

Le nenge tongo est une langue créole afro-américaine parlée depuis plus de deux siècles en Guyane par les Businenges. C’est aussi une composante du sranan tongo (compris par plus d’un demi-million de personnes dans la région).

La langue créole à base anglaise, le saamaka, est parlée par les Noirs Marrons originaires du Surinam. Les Saramaka constitueraient le groupe de Noirs Marrons le plus important de Guyane, avec environ 10 000 personnes;

Les langues européennes: le portugais du Brésil est parlé par une immigration brésilienne estimée entre 5 et 10% de la population, l'anglais du Guyana est parlé par une immigration venant du Guyana, estimée à 2% de la population, le néerlandais est parlé par une partie de l’immigration surinamienne ayant été préalablement scolarisée dans cette langue, l'espagnol est parlé par une infime partie de la population originaire de St Domingue et de pays d’Amérique Latine (Colombie, Pérou, notamment).

Les langues asiatiques : la langue hmong est parlée par une population originaire du Laos, arrivée en Guyane dans les années 1970, représentant 1% de la population, regroupée essentiellement dans deux villages, le chinois est quant à lui parlé par une immigration d’origine chinoise.
Source : Archives Audiovisuelles de la Recherche, 2007.

Le français

Famille de langues : Le français est une langue romane de la famille des langues indo-européennes.

Pour en savoir plus sur la famille des langues indo-européennes, (site du programme Sorosoro) : http://www.sorosoro.org/famille-des-langues-indo-europeennes

Nombre de locuteurs : 200 millions de locuteurs.

Pays : Le français est la langue officielle de la France et de nombreux autres pays : en Afrique et en Océanie mais aussi aux Antilles et aux Etats-Unis.

Origine : Le français est issu des formes orales et populaires du latin, il est aussi influencé par le Gaulois et par le Francique des Francs. Le français provient de la langue d’oïl, langue parlée dans la moitié nord de la France au Moyen Âge et langue dominante de la littérature entre le XIVe siècle et le XVIe siècle.

Expansion : Le français s’est répandu proportionnellement aux progrès de l’administration et de la justice royale en France. Le français et sa structure grammaticale s’est cristallisé au XVIIe siècle autour du dialecte de l’Ile de France et ce au détriment les autres parlers régionaux.

Qu’est-ce que la francophonie ? Apparu à la fin du XIXe siècle, le terme « francophonie » désigne l’ensemble des personnes et des pays utilisant le français. Un pays francophone est un pays qui utilise entièrement ou partiellement le français.

Valérie Whittington

Conteuse guyanaise

Valérie WhittingtonEnseignante de profession, Valérie Whittington évolue sur la scène artistique guyanaise en tant que conteuse et comédienne.

En 2005, elle rejoint l’association de conteurs La Compagnie Zoukouyanyan dont elle est la présidente depuis janvier 2014.

Formée par des conteurs reconnus comme Mimi Barthélémy, Valérie partage ses histoires en français et en créole. Avec sourire et générosité, elle chante, joue et met également en scène diverses créations qu’elle propose avec sa troupe, Le Théâtre de l’universel, dont elle est la présidente depuis septembre 2010.

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