Banta et la tortue qui chante

Origine de la collecte : Mali
Illustration : Yacouba Diarra

Les animaux de la savane voudraient mettre Banta, un chasseur redoutable, hors d’état de nuire. C’est une petite tortue qui y parviendra grâce à la ruse.

 

Auteur : Ousmane Diarra (recueilli par Eric Chevillard)

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Le texte du conte

Banta était le chasseur le plus redoutable de la savane. Tout animal qui passait à portée de sa lance pouvait se considérer comme mort, dépouillé et rôti. Banta faisait fi de l’ancienne croyance selon laquelle l’homme qui tue une femelle gravide ou accompagnée de son petit périra lui-même sans descendance. Au demeurant, Banta était père de trois beaux enfants.

Chaque soir, il rentrait chez lui chargé de gibier, portant, autour de son cou, des renards et des écureuils, dans les sacs attachés à sa ceinture, des lièvres et des pigeons, et tirant par les pieds un zèbre ou une antilope. Il tuait plus que lui et les siens ne pouvaient manger par goût du sang et du meurtre, pour le seul plaisir de tuer. Banta aimait aussi à se vanter et nul ne pouvait le faire taire lorsqu’il se lançait dans le récit de ses carnages.

Aujourd’hui, les animaux de la brousse se réunissent sous un manguier pour tenir conseil. Il est temps de réagir et de mettre hors d’état de nuire cet exterminateur avant que tous ne succombent, frappés par sa lance ou étranglés par ses collets. Mais qui osera affronter Banta le chasseur ? Le lion baisse la tête, très intéressé tout à coup par une fourmi qui passe entre ses pattes. Le rhinocéros a justement à faire ailleurs, un rendez-vous de la plus haute importance pour sa carrière de rhinocéros et l’éléphant se sent bien faible. Il n’est pas le seul malade.
- Moi aussi j’ai dû attraper froid, dit le serpent.
Quant au charognard, il aura sans doute mangé de la viande trop fraîche.

En somme, nul n’est assez fou pour défier Banta le chasseur. Le carnage va continuer. Le sang des animaux de la savane coulera jusqu’à la dernière goutte. C’est alors qu’une toute petite tortue se porte volontaire. Elle demande seulement aux autres animaux de rester cachés le lendemain, de ne quitter sous aucun prétexte leurs gîtes, leurs terriers, leurs tanières.

Banta bat les buissons avec un bâton, il soulève chaque pierre, puis il renverse la tête et fixe éperdument le ciel vide. Jamais la savane n’avait été si calme. En vain cherche-t-il des empreintes dans le sable ou la poussière. Pas un souffle de vie, pas un bruit d’aile. Pas un crocodile dans les marigots. Le soir venu, bredouille pour la première fois, Banta se résigne à prendre le chemin du retour, le cœur empli de colère et d’amertume.

Il n’a pas rêvé. Il a bien entendu les notes claires d’une kora, d’abord, puis un chant mélodieux semble provenir de ce bouquet de hautes herbes. Intrigué, Banta s’approche prudemment : c’est une toute petite tortue qui chante en pinçant avec allégresse les cordes de son instrument. Voilà qui amusera mes enfants, se dit Banta, et fera peut-être oublier l’insuccès de ma chasse. Et il fourre la tortue dans un sac.
- Tu ne ramènes donc pas de gibier ? s’écrie son fils en le voyant entrer dans la cour de la concession.
- J’ai mieux, répond Banta. Grâce à ma ruse et à mon adresse, j’ai capturé une tortue qui chante. Écoutez-la.

Et devant la famille et les voisins réunis, la tortue docilement se met à jouer de son instrument et à chanter. Banta reçoit les applaudissements comme s’ils lui étaient adressés.
- Je tiens avec cette tortue une belle occasion de briller devant le roi, pense-t-il.

Le lendemain, il se présente au palais et demande audience.
- J’ai dressé cette petite tortue à chanter pour vous, noble roi.
- Reviens ce soir. Elle chantera devant la cour.

Et voici la cour rassemblée. Banta tient dans ses mains la tortue prodigieuse. Avec un sourire de triomphe, il l’installe sur un tabouret et pose sa kora devant elle.
- Vas-y, chante.
Mais la tortue reste muette.
- Chante, allez !
Mais la tortue reste muette.
- Chante, allez !

Mais la tortue lentement rétracte sa tête et ses pattes dans sa carapace. « Honte sur Banta », crache le roi qui n’apprécie guère que l’on se moque de lui et ordonne l’exécution du fanfaron. Une potence est dressée sur-le-champ.

Voici Banta à son tour pris au collet. Il suffoque et se débat, inexorablement, il meurt. Et comme une ultime convulsion tord son corps supplicié. Dans le silence funèbre, une kora soudain égrène quelques notes cristallines. Puis, une petite voix entonne un chant étrange et gai, tandis que Banta grimaçant rend son dernier soupir.

Le pays présenté ci-dessous correspond au pays où le conte a été enregistré et ne prétend pas donner d'origine unique au conte.

Les contes n'existent pas dans ce seul et unique pays. D'une version à une autre, d'un conteur à un autre, les contes circulent entre les pays et ne s'arrêtent heureusement pas aux frontières !

Le Mali

(République du Mali)

Population : Les maliens et les maliennes. Plus de 14 millions d’habitants.

Langues : Le français est la langue officielle du Mali, elle est celle utilisée par l’état, l’administration et l’enseignement. Le bambara est pourtant la langue la plus parlée (par environ 80% de la population). Une trentaine de langues est parlé au Mali, dont une dizaine par plus de 100 000 personnes. Les autorités maliennes ont reconnu 13 langues nationales : le bambara, le bobo, le bozo, le dogon, le peul, le soninké, le songoy, le sénoufo-minianka, le tamasheq, le hasanya (arabe dialectal), le kasonkan et le maninkakan.

Situation géographique : Le Mali est le plus grand pays de l’Afrique de l’ouest. A l’ouest : la Mauritanie et le Sénégal. Au nord : l’Algérie. A l’est : le Niger. Au sud-est : le Burkina. Au sud : la Côte d’Ivoire et la Guinée.

Superficie : 1 241 300 km²

Climat : Le climat malien se caractérise par trois saisons : une saison sèche (mars à juin), une saison des pluies ou hivernage (juin à septembre) et une intersaison ou saison froide (octobre à février) avec un vent saharien desséchant : l’Harmattan.

Capitale : Bamako

Hymne national : Pour l'Afrique et pour toi, Mali

Devise nationale : Un peuple, un but, une foi

Monnaie : Le Franc C.F.A.

IDH (Indice de développement humain) : 0,309, IDH faible (chiffres 2010)

Indépendance : 22 septembre 1960

Pour en savoir plus : Article « Mali » du Larousse :
http://www.larousse.fr/encyclopedie/pays/Mali/131330

Drapeau: 
Drapeau du Mali

Nous avons choisi d'enregistrer le conte dans une ou deux langues parlées dans le pays de collecte.

Les langues citées ci-dessous ne sont pas représentatives de l'ensemble des langues parlées dans ce pays. Il s'agit des langues dans lesquelles le conte a été enregistré. Si vous souhaitez découvrir les autres langues parlées dans le pays de collecte du conte, consultez l'onglet "Le pays".

Le bambara

Famille de langues : Le bambara est une langue mandée.

Pour en savoir plus sur la famille des langues mandées, (site du programme Sorosoro) : http://www.sorosoro.org/famille-des-langues-mandees

Les Bambaras sont eux-mêmes des mandés, ils ont les mêmes cultes et la même histoire.

Les Malinkés (les habitants du lieu de règne de l’empereur (capitale, province) aiment à dire que le bambara est la langue des tondjons (c’est-à-dire les militaires) : ces derniers, par souci d’économie, aiment à contracter les mots. C’est ainsi que « koko » (le sel) chez les malinkés devient « Kwa » chez les Bambara, de même que « moko » (être humain, l’homme donc) devient « maan » chez les Bambara (on dit « Ma »).

Nombre de locuteurs : plus de 9 millions de locuteurs, principalement au Mali.

Pays : Le bambara est la langue la plus parlée au Mali (plus que le français, qui est pourtant la langue officielle). Le bambara ou ses dialectes sont également parlés dans les pays voisins du Mali : au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire en Guinée et au Sénégal.

Expansion : Le bambara doit son expansion au commerce, à l’histoire, à la démographie et à plusieurs autres facteurs économiques.

Pour en savoir plus sur le bambara (site du programme Sorosoro) : http://www.sorosoro.org/le-bambara

Le français

Famille de langues : Le français est une langue romane de la famille des langues indo-européennes.

Pour en savoir plus sur la famille des langues indo-européennes, (site du programme Sorosoro) : http://www.sorosoro.org/famille-des-langues-indo-europeennes

Nombre de locuteurs : 200 millions de locuteurs.

Pays : Le français est la langue officielle de la France et de nombreux autres pays : en Afrique et en Océanie mais aussi aux Antilles et aux Etats-Unis.

Origine : Le français est issu des formes orales et populaires du latin, il est aussi influencé par le Gaulois et par le Francique des Francs. Le français provient de la langue d’oïl, langue parlée dans la moitié nord de la France au Moyen Âge et langue dominante de la littérature entre le XIVe siècle et le XVIe siècle.

Expansion : Le français s’est répandu proportionnellement aux progrès de l’administration et de la justice royale en France. Le français et sa structure grammaticale s’est cristallisé au XVIIe siècle autour du dialecte de l’Ile de France et ce au détriment les autres parlers régionaux.

Qu’est-ce que la francophonie ? Apparu à la fin du XIXe siècle, le terme « francophonie » désigne l’ensemble des personnes et des pays utilisant le français. Un pays francophone est un pays qui utilise entièrement ou partiellement le français.

Ousmane Diarra

conteur malien

Ousmane DiarraEnfant, il dévorait les caisses d’ouvrages livrées par la Croix-Rouge dans son village de Bassala dans les brousses maliennes. Diplômé de l’Ecole normale supérieure de Bamako (Maîtrise de lettres modernes). Il est actuellement bibliothécaire au Centre culturel de Bamako. Nouvelliste, poète et romancier, Ousmane Diarra est également auteur de livres pour la jeunesse et conteur.

"Néné et la chenille" (Edicef, le Figuier, 1999). "Vieux lézard" (roman, Editions Gallimard, 2006). "Pagne de femme" (Gallimard, 2007). "Le rêve du grand calao" (Le Figuier, 2011).

Commentaires

Utile pour mon cours de littérature française

Félicitations pour cet excellent projet. Je m'en sers dans un cours de littérature aux USA, et je vais explorer le guide pédagogique pour la première fois la semaine prochaine. J'aimerais bien pouvoir télécharger la version orale. Faites-moi savoir quand les contes maliens seront disponibles. Je n'en ai pas vu quand j'ai cliqué sur la version orale cette semaine.

Contes maliens

Bonjour,
Merci pour l'intérêt que vous portez aux outils Conte-moi. Pour des raisons relatives aux droits d'auteur, il n'est pour l'instant malheureusement pas prévu de diffuser les contes maliens sous forme de téléchargement.
L'équipe de Conte-moi

Sur les animaux

C'est super, je vais le prendre pour mes élèves.

textes originaux en bambara

Pour des étudiants en bambara à l'INALCO, il serait intéressant de retrouver le texte écrit en bambara de ces contes afin de le lire en parallèle avec l'écoute du conte lu en bambara (excellent!).
Quelles sont les références de ou des ouvrages d'où ils sont tirés ?

I ni ce !

tradition orale

Bonjour,
Les contes sont issus de la tradition orale, tous ne sont donc pas disponibles dans des ouvrages. La vocation de ce site est (entre autres) de recueillir ces contes pour les préserver.
Nous ne disposons pas des textes en langue locale. Toutefois, si vous voulez faire la transcription du conte, nous sommes preneurs de ces versions !
A bientôt,
L'équipe de Conte-moi

transcriptions en bambara

Merci pour votre réponse rapide !

Défi accepté, c'est aussi très formateur de fonctionner comme ça : proposer aux étudiants de faire la transcription eux-mêmes !

Certaines transcriptions existent déjà, j'ai repéré "La méchante coépouse" / "Sinamuso jugu", mais bien sûr, c'est une version différente de l'histoire qui est contée ici.

Je vais aussi essayer de contacter Ousmane Diarra.

Ousmane Diarra

Effectivement certains contes existent sans doute en transcription, Ousmane Diarra pourra mieux vous renseigner que moi. Je viens de lui envoyer un mail pour lui signaler votre projet. Tenez moi au courant, nous serions ravies de pouvoir mettre en valeur votre projet sur Conte-moi !

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