Peau de vachette

Origine de la collecte : Algérie
Illustration : Nora Aceval

Un sultan avait deux femmes, celles-ci ne lui donnèrent pas d’enfant. Il se remaria une troisième fois. Victime de la jalousie des deux autres femmes, la troisième épouse fût accusée d’avoir mis au monde un chiot.

Écouter le conte en français dit par Nora Aceval

Écouter le conte en arabe algérien dit par Mustapha Chaïb

lecture_conte play stop précédent retour arrière avance rapide suivant répéter muet moins volume plus

0 / 0 0:00 / 0:00

Télécharger les ressources

Le texte du conte

Il était une fois, un sultan qui avait deux femmes qui ne lui donnèrent pas d’enfant. Sur les conseils de son astrologue, il se remaria une troisième fois. Cette troisième épouse avait vu en songe qu’elle tenait dans ses bras une lune traversée par un rayon de lumière. Comme elle était enceinte, elle en fit la confidence à ses concubines :
- Selon ce bon présage, je mettrai au monde un garçon avec, sur le front, une mèche de cheveux en or.

Cette prémonition suscita la jalousie des deux femmes. Elles complotèrent et le jour de l’accouchement, elles en appelèrent à la maudite vieille Settoute en lieu et place d’une sage-femme. Comme il était prédit, la mère mit au monde un beau petit garçon avec sur le front une mèche d’or. Settoute le remplaça par un chiot et l’emporta sous son voile.

Le sultan s’impatientait de voir le bébé à la mèche d’or quand ses deux premières épouses lui tendirent le chiot en lui annonçant d’un air catastrophé :
- Tu as épousé un monstre, voilà le fruit de ses entrailles.
- Quoi ? Une femme qui accouche d’un animal mérite de vivre avec les animaux. Habillez-la d’une peau de vache et attachez-la avec les bêtes, hurla le sultan.

La pauvre mère en couche n’avait pas eu le temps de voir son enfant. Accusée de monstre, elle se retrouva parmi les bêtes. Pour se débarrasser du bébé, Settoute le déposa dans une corbeille et le livra à la mer. Fort heureusement, les flots ne tardèrent pas à le rejeter sur une plage isolée à l’endroit exact où un pêcheur, très pauvre, préparait ses filets. La corbeille qui scintillait au soleil attira son attention. Il s’en approcha et découvrit le nourrisson avec de l’or sur l’oreiller. Comme il n’avait pas d’enfant, au comble du bonheur, il courut le porter à sa femme :
- Notre maison se remplit ! Le ciel nous a envoyé un fils ! Un fils avec de l’or sur la tête. Nous voilà comblés.

Le pêcheur et sa femme devinrent riches. Il leur suffisait de vendre au souk l’or recueilli chaque matin sur l’oreiller du petit garçon. Le temps passa dans le bonheur et la paix et l’enfant grandit en âge, en intelligence et en beauté. Un jour, l’un de ses camarades après une bousculade, lui lança avec mépris:
- Pour qui te prends-tu ? Tu n’es que le fils de la vague. Ces paroles plongèrent le jeune homme dans une profonde mélancolie. Il se plaignit à ses parents. Le pêcheur et sa femme lui dirent toute la vérité :
- Dieu nous est témoin, nous t’aimons comme notre enfant, mais il est temps que tu recherches ta vraie famille. Va ! Notre bénédiction t’accompagne. Retrouve tes origines.
- Je reviendrai si le ciel me prête vie ! promit le jeune homme.

Il enfourcha son cheval et prit la route. Il voyagea longtemps, longtemps. Il traversa des villes prospères, des contrées arides, des pays inconnus. Enfin, au bout de maintes péripéties, le hasard le conduisit dans le sultanat de son père. Lorsqu’il entendit l’histoire de Peau de vachette, cette femme de sultan qui accoucha d’un chiot au lieu d’un fils à la mèche d’or, il reconnut sa mère ! Il était donc prince ! Et comme il était riche et de noble allure, il réussit à se faire inviter par le sultan. Il se présenta au palais avec une malle. Cette malle contenait de somptueux vêtements, des baumes, des savons et des parfums. Après dîner, il provoqua la surprise du sultan lorsqu’il lui formula cette demande :
- Sire, permettez à cette créature surnommée Peau de vachette de venir dormir dans ces appartements que vous mettez à ma disposition.
- Vous n’y pensez pas mon ami ! Ce n’est pas un être humain ! objecta le sultan.
- Sire, je vous le demande comme une faveur au nom de l’hospitalité que vous m’accordez.
- Soit ! Comme vous voudrez ! Mais demain, après votre départ, elle retournera avec les bêtes.

Le prince ne dit plus rien et reçut Peau de vachette qui s’endormit, pour la première fois, depuis longtemps, à l’abri. Dans la nuit, il la réveilla discrètement, ouvrit sa malle et l’invita à se servir :
- Voilà de quoi te laver, te coiffer, te parfumer et t’habiller. L’heure de la vérité a sonné.

La pauvre femme obéit sans comprendre ce qui lui arrivait. Un moment après, elle apparut vêtue de magnifiques kaftans. Elle scintillait. Ce fut alors que le jeune homme ôta son turban et lui annonça d’une voix émue :
- Regarde mon front ! Je suis ton fils et tu es ma mère ! Jamais tu n’as accouché d’un chiot.

Elle se jeta dans ses bras. Les cris de joie alertèrent le sultan qui accourut. Il fut stupéfait de voir avec son invité une belle, plus belle que le soleil. Il se crut victime de quelque Djinn venu troubler son esprit quand son hôte lui révéla la vérité en ôtant son turban pour la deuxième fois :
- Monseigneur ! Je suis votre fils et cette femme est ma mère. Regardez mes cheveux.

Ainsi, rien n’empêcha la vérité de se révéler au grand jour. Les deux concubines furent chassées, exilées à tout jamais. Puis le sultan, après les pardons, organisa un nouveau mariage avec celle qu’il avait si injustement punie. Le prince n’oublia pas ses parents adoptifs qu’il fit venir auprès de lui. Et tous vécurent heureux, ensemble, et longtemps.

Pour moi qui ai raconté, une chamelle et un bâton ! Pour vous qui avez écouté une vachette et un bâton !

Le pays présenté ci-dessous correspond au pays où le conte a été enregistré et ne prétend pas donner d'origine unique au conte.

Les contes n'existent pas dans ce seul et unique pays. D'une version à une autre, d'un conteur à un autre, les contes circulent entre les pays et ne s'arrêtent heureusement pas aux frontières !

L'Algérie

(République démocratique et populaire d'Algérie)

Population : Les algériens et les algériennes. Plus de 35 millions d’habitants.

Langues : L’arabe classique est la langue officielle de l’Algérie. Bien que les statistiques sur des bases linguistiques soient interdites en Algérie, nous savons que l’arabe algérien (ou darja) est la langue utilisée par la majorité de la population, le français vient ensuite, et enfin le berbère, reconnu langue nationale depuis 2002. Depuis l’indépendance de l’Algérie, la politique linguistique favorise l’arabisation de la société algérienne.

Situation géographique : L’Algérie est un pays d'Afrique du Nord. A l’ouest : le Maroc et le Sahara occidental. Au nord : la Méditerranée. A l’est : la Tunisie et le Libye. Au sud-est : le Niger. Au sud : la Mauritanie et le Mali.

Superficie : 2 380 000 km²

Climat : Le climat de l’Algérie est méditerranéen au nord et désertique au sud.

Capitale : Alger

Hymne national : Kassaman

Devise nationale : Par le peuple et pour le peuple

Monnaie : Dinar algérien

IDH (Indice de développement humain) : 0,677, IDH élevé (chiffres 2010)

Indépendance : Décolonisation de la France le 5 juillet 1962

Pour en savoir plus : Article « Algérie » du Larousse :
http://www.larousse.fr/encyclopedie/pays/Alg%C3%A9rie/104806

Drapeau: 
Drapeau de l'Algérie

Nous avons choisi d'enregistrer le conte dans une ou deux langues parlées dans le pays de collecte.

Les langues citées ci-dessous ne sont pas représentatives de l'ensemble des langues parlées dans ce pays. Il s'agit des langues dans lesquelles le conte a été enregistré. Si vous souhaitez découvrir les autres langues parlées dans le pays de collecte du conte, consultez l'onglet "Le pays".

L'arabe

Famille de langues : L’arabe est une langue sémitique de la famille des langues Afro-asiatiques.

Pour en savoir plus sur la famille des langues afro-asiatiques, (site du programme Sorosoro) : http://www.sorosoro.org/famille-des-langues-afro-asiatiques

Nombre de locuteurs : plus de 200 millions de locuteurs.

Pays : L’arabe est la langue officielle de plus d’une vingtaine d’Etats, essentiellement en Afrique et en Asie.

Expansion : A partir du VIIe siècle, l’arabe connait une très forte expansion grâce à la propagation de l’Islam, la diffusion du Coran et la puissance militaire des Arabes.

Les formes principales : l’arabe dialectal et l’arabe classique. Les deux formes d’arabe sont fortement liées historiquement et idéologiquement.

  • L’arabe classique (aussi appelé arabe éloquent, arabe grammatical, arabe littéraire ou arabe du Coran) est une langue associée à la religion et à l’écrit. Prestigieuse elle est associée à la culture littéraire, à la science, à la technologie et à l’administration.
  • L’arabe dialectal et l’amazigh sont les langues parlées, utilisées dans la vie courante et véhiculent une culture populaire traditionnelle et contemporaine. L’arabe dialectal est le fruit de la fusion de l’arabe du VIIe siècle avec des parlers provenant des conquêtes militaires ainsi que des brassages de population des langues sud-arabiques, berbères, africaines, etc. Ces variétés dialectales sont extrêmement nombreuses et persistent dans le monde arabe à tel point que la compréhension devient quelques fois difficile. Ceci est surtout vrai pour l’arabe dialectal des pays du Maghreb et de la Méditerranée par rapport à celui du Proche-Orient.
  • L’arabe dialectal du Maghreb : Le parler algérien, marocain et tunisien, est un dialecte composé d’arabe et de l’amazigh (ou berbère). Malgré les nuances, ces trois pays se comprennent entre eux. Si l’arabe s’est imposé, le berbère se parle couramment dans les trois pays et demeure une langue vivante. Tout comme les langues ont essaimé entre elles, les récits qu’elles véhiculent sont les mêmes. En tendant l’oreille on reconnait des mots arabes dans le berbère tout comme on reconnait des mots berbères dans l’arabe ! On parle alors de personnes arabophones et berbérophones.

Le français

Famille de langues : Le français est une langue romane de la famille des langues indo-européennes.

Pour en savoir plus sur la famille des langues indo-européennes, (site du programme Sorosoro) : http://www.sorosoro.org/famille-des-langues-indo-europeennes

Nombre de locuteurs : 200 millions de locuteurs.

Pays : Le français est la langue officielle de la France et de nombreux autres pays : en Afrique et en Océanie mais aussi aux Antilles et aux Etats-Unis.

Origine : Le français est issu des formes orales et populaires du latin, il est aussi influencé par le Gaulois et par le Francique des Francs. Le français provient de la langue d’oïl, langue parlée dans la moitié nord de la France au Moyen Âge et langue dominante de la littérature entre le XIVe siècle et le XVIe siècle.

Expansion : Le français s’est répandu proportionnellement aux progrès de l’administration et de la justice royale en France. Le français et sa structure grammaticale s’est cristallisé au XVIIe siècle autour du dialecte de l’Ile de France et ce au détriment les autres parlers régionaux.

Qu’est-ce que la francophonie ? Apparu à la fin du XIXe siècle, le terme « francophonie » désigne l’ensemble des personnes et des pays utilisant le français. Un pays francophone est un pays qui utilise entièrement ou partiellement le français.

Nora Aceval

conteuse algérienne

Nora AcevalConteuse traditionnelle à voix nue, se place dans la Transmission. Elle est née à Tousnina sur les hauts plateaux de Tiaret dans le sud-ouest algérien. Son enfance entre Tousnina et Sougueur fut bercée par les contes populaires que disaient les femmes de sa tribu des Ouled Sidi Khaled.

Née d’un père Français d’Algérie et d’une mère arabe, elle se trouva enrichie d’une double culture : Un pont entre l’Algérie et la France.

Pour en savoir plus : www.nora-aceval.com/

Photographie : B. Rupin

Mustapha Chaïb

conteur algérien

Mustapha Chaïb est né à Tiaret (Algérie) en 1971. Bilingue arabe français, il fit des études en littérature française. Son intérêt pour le conte date de son enfance. Il assista souvent Nora Aceval pour des traductions et des recherches en langue arabe. Conteur amateur, il creuse le sillon et se forme en permanence pour la maîtrise de cet art qu’il considère comme majeur.

Commentaires

Très émouvant

Très émouvant
Et très instructive
La vérité finira toujours toujours par triompher
Merci beaucoup pour le partage

merci beaucoup <3

merci beaucoup <3

Publier un nouveau commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
By submitting this form, you accept the Mollom privacy policy.

Sites pour enfants :

Sites pour enseignants :

Serious games pour adolescents :