Epouser une jolie femme c’est un gros risque

Un conte de Mauritanie


Illustration : Yacouba Diarra

RÉSUMÉ

Un jour, le roi «Bour doley » aperçoit Fatoumata, une belle jeune femme et en tombe amoureux. Il veut l’emmener vivre avec lui mais celle-ci refuse car elle aime son mari. Ce dernier, rentré de la chasse, assiste à la scène. Apeuré à l’idée que le roi convoite sa femme, il la renvoie chez ses parents. Ils vont s’expliquer devant le juge qui est aussi le roi, et pourront vivre en paix.

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Texte du conte


Fatouma était une belle femme, on aurait dit une perle en diamant, sucé et craché par Dieu en personne.
Elle habitait avec son mari Moussa, une cabane située dans la forêt, non loin de Keur Mour, mon village. Moussa était un grand chasseur. En ce temps là toute la région faisait partie du royaume du roi tout puissant "Bour doley".

Un jour, le roi "Bour doley" qui se promenait sur son cheval aperçoit Fatoumata, habillée d'une robe en soie, coiffée d'un foulard assorti, assise sur le seuil de la porte de sa cabane entrain de préparer du couscous pour le repas du soir. Son mari était encore à la chasse. Le roi manqua de tomber de son cheval en voyant cette beauté si rare. Ses courtisans l'aidèrent à continuer son chemin. A cette époque le royaume était en guerre contre un royaume voisin. Le lendemain, le roi Bour doley envoie le mari de Fatoumata au front.

Tous les jours qui suivent, le roi passe voir Fatoumata et lui apporte des cadeaux. Une nuit, il va voir Fatoumata dans sa cabane et lui dit :
- Je ne peux plus m'empêcher de te le dire, je suis follement amoureux de toi, je veux que tu sois ma maîtresse maintenant, et si ton mari ne revient pas je te prendrai comme seconde épouse. Tu vivras dans mon palais tu seras ma reine favorite.
- Fatoumata, calmement, répond :
- Sire, vous avez le droit de vie et de mort sur tous les citoyens de votre royaume y compris sur moi bien sur, si vous voulez me prendre par la force je ne peux pas résister. Mais si vous me demandez mon avis, j'aime un homme c'est mon mari !

A ces paroles le roi reste comme pétrifié sur le lit où il était assis. Au bout d'un long moment de silence, il se lève et rentre chez lui. Mais ce que ni le roi, ni Fatoumata ne savaient c'est que Moussa était revenu, juste au moment où le roi entrait dans la cabane et qu'il a tout entendu. Après le départ du roi, il passe le reste de la nuit dehors avec ses soucis.

Au petit matin, il entre dans la case et réveille sa femme et lui apprend que la guerre est finie. Fatoumata, jubile, embrasse son mari de tous les côtés mais ce dernier reste silencieux et calme. Elle s'inquiète, lui pose des questions sur sa santé, et tout, mais lui reste très calme. Au bout d'un moment il dit à sa femme de rentrer chez ses parents jusqu'à ce qu'il y voie plus clair.
- Pourquoi, répond elle, qu'est ce que j'ai fait ? Mais là aussi pas de réponse précise…

Fatoumata, fait son sac et rentre chez ses parents. Une semaine se passe. Moussa ne va pas donner d’explication aux parents de Fatoumata. Ils décident d'amener l'affaire chez le juge. En ce temps là le roi était aussi le juge. Le roi reçoit les deux parties et donne d’abord la parole à Fatoumata qui dit :
- Moi je n'ai rien compris, mon mari est parti au front, j’étais contente et pressée de le voir rentrer, mais le jour où il est arrivé il m'a dit de partir chez mes parents.

Alors le roi juge se tourne vers Moussa, et lui demande :
- Tu n'aimes plus cette femme.
- Je l'aime aujourd’hui plus qu'hier.
- Alors, pourquoi lui as-tu dit de partir, demande le roi.
- C'est parce que j'ai peur.
- Peur de quoi, demandent le roi et ses notables qui l'entouraient.
- Une nuit, continue Moussa, j'ai vu les traces d'un lion dans ma maison. Comme je n’ai pas la force de protéger ma femme, ni de me protéger, je lui ai demandé de partir chez ses parents.
Le roi reste longtemps silencieux, puis dit à Moussa :
- Est ce que tu as remarqué des dégâts après le passage du lion.
- Non, dit ce dernier.

Alors retournez chez vous tous les deux; le lion ne viendra plus vous déranger.